2.2 Technique grosse caisse

Après l'installation du siège et de la caisse claire, on positionne la grosse caisse et la pédale de charleston de façon que l'articulation de la cheville reste à la verticale du genou. Pieds à plat sur les pédales pour trouver l'équilibre et la stabilité. Penser à disposer au sol un tapis sur toute la surface de l'instrument pour éviter que les pédales avancent pendant le jeu.

Pour cette partie, qui traite des membres inférieurs, on peut partir du principe que "Tout ce qui est joué avec les poignets, doit pouvoir être joué avec les pédales." C'est bien le concept qui a accompagné Dom Famularo ou Simon Phillips (ou tout autre Lars Ulrich ou Dave Lombardo...) dans leur travail de double grosse caisse... Essayer donc d'adapter le plus souvent possible les concepts de la technique de caisse claire. En effet, la grosse caisse et la pédale charleston sont des "voix" à part entière, elles ne sont pas là pour battre seulement la pulsation, elles accentuent, elles ponctuent et soulignent le discours et interviennent musicalement dans les phrases.

Georges Paczynski conseille de toujours travailler les pédales en premier dans les séances de pratique. Il y a en effet un manque à gagner par rapport aux poignets, très sollicités dès le départ dans la technique de caisse claire. Les pédales ne doivent pas être trop souvent laissées pour compte.

Exercice de frappe : Avec la pointe du pied, rattraper la pédale comme un ballon de basket. Se servir du rebond naturel sans chercher la régularité, c'est un test de ressenti, une expérimentation sur la sensation physique. Appliquer le même exercice au talon, sans bloquer la pédale. Cela permet également de se familiariser avec l'équilibre de l'assise, qui engage en fait tout le corps ! Cette technique correspond à la technique du rebond de la baguette (technique des doigts) : la pédale est libre, en mouvement. Travailler le mouvement de façon arythmique, sans tempo, pédales séparées ou ensemble. Essayer tous les doigtés rudimentaires.

Pour la technique des talons levés, Thomas Patris préconise de trouver l'équilibre sur le siège, en récupérant le poids des jambes sur la ceinture abdominale. Utiliser la force de levier de la pédale en positionnant la pointe du pied au milieu de celle-ci (plus de puissance !). On peut également donner un coup puissance maximum avec tout le poids de la jambe ajoutée à une action de la hanche. Pour contrôler les coups "pianos" se rapprocher du fond de la pédale comme sur la caisse claire.

François Laizeau et Steve Smith utilisent le mouvement particulier du pied qui s'enroule (coup de patte du chat). Encore une fois, travailler d'abord sans l'instrument pour comprendre et analyser le mouvement. Etudier le geste de façon exagérément lente, ne pas se préoccuper du son au début. Relever le talon en suivant la pédale avec le pied, comme s'il se déroulait sur elle, en poussant la jambe vers le haut. Soulever la pointe du pied en abaissant le talon, tout ceci dans un mouvement circulaire. François Laizeau conseille la symétrie des deux pieds, talons levés aux deux pédales, le talon du pied gauche tapant la pulsation, et le talon du pied droit retombe dans le tempo immédiatement après avoir joué (la batte n'étant jamais dans la peau). Il affectionne également l'idée du "pied vivant", toujours en contact avec la batte. Le pied droit phrase sur le nouveau moteur du tempo, scandé par le talon du pied gauche, et non le drive de la main droite - ce qui fait sonner la batterie différemment !


Exercices de désynchronisation grosse caisse/ poignets.

1. Buddy Rich : Travail des deux mains jouées simultanément. Pendant que la main droite est projetée énergiquement par dessus la tête (sifflement en passant près de l'oreille), l'autre tape le genou dans une nuance piano. Dans l'étape suivante, la main gauche va à son tour frapper un point fictif derrière la tête pendant que l'autre redescend pour se poser doucement sur le genou. Cet exercice permet de baisser le volume de la main droite à la cymbale, tout en jouant la caisse claire avec puissance, au même niveau que la grosse caisse !

2. La grosse caisse joue des blanches sur une pulsation de 40 à la noire (ce qui donne un tempo très lent de 20 BPM à la grosse caisse). Par dessus cet ostinato lourd et puissant, jouer complètement libre, déconnecté du bas, tout en restant très concentré sur le tempo. C'est un concept cher à Jack Dejohnette que l'image de la machine à laver qui tourne régulièrement, le tambour accomplissant un cycle imperturbable et métronomique. Le linge, quant à lui, tombe à différents endroits, désordonné, selon un rythme aléatoire et désynchronisé. Presque organique !

3. Techniques de base pour les pédales:

a/ Talons levés, la pointe du pied actionne la pédale en son milieu, permettant un jeu plus puissant avec plus d'attaque, plus de volume sonore, toute la jambe étant sollicitée.
b/ Pieds à plat, position très précise pour les nuances "piano", balance et équilibre plus faciles à trouver.
c/ Aller-retour, technique hybride des deux précédentes, un coup étant donné avec la pointe, l'autre avec le talon.

4. Sons:

a/ Batte collée à la peau, son fermé.
b/ Batte dégagée directement après le coup (elle doit rebondir le plus loin possible entre chaque coup). Son ouvert.




En jazz, et selon John Riley, la grosse caisse est considérée comme une troisième main. Ce qui permet de ne pas la dissocier des autres fûts joués à la main et de l'intégrer dans le jeu global ! Cela dit, éviter les premiers temps accentués systématiquement à la grosse caisse qui tuent la mélodie, ou la cloisonne. Elle doit être au contraire propulsée. Le premier temps doit devenir un évènement, car la grosse caisse alourdit le discours. Autant que possible, sauf pour un effet, éviter également l'association grosse caisse/caisse claire en simultané.

Pour Jeff "Tain" Watts, les pédales doivent toujours être jouées dans un tempo, de façon incisive. Elles sont la fondation du jeu. Subtil mélange de solidité et de souplesse, les pieds doivent toujours danser, indépendamment du reste du corps.

Pour finir, le choix de la pédale de grosse caisse est primordial ! En outre, le réglage des ressorts doit être minutieux. Plus ils sont tendus, plus la pédale est dure, les muscles seront alors plus sollicités. Plus les ressorts sont détendus, plus la pédale sera souple, voir molle: on gagnera alors en dynamiques et la force d'impact sera plus grande. Il faut expérimenter !

Peter Erskine a longtemps joué sur une YAMAHA FP 710, très légère, avec une tension détendue.

Voir:
Peter Erskine : Motor Pulse Stroke
Steve Gadd : Tap Dance Style
Roy Haynes : coup "pétale de rose"

PS : Si vous pouvez questionner les grands batteurs eux-mêmes sur leur technique et leur façon de jouer très personnelle, c'est encore mieux que de me lire. Car je n'énonce ici que ma propre expérience et ma propre réflexion sur ce qu'ils ont pu m'enseigner.

L'eau est toujours plus claire et limpide à la source !